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Hypnos parle

Blaise Ducos

Ma géographie parisienne doit tout à des reines aux royaumes incertains. Ce ne sont pas les noms des places, les monuments, les axes que les taxis apprennent par cœur, mais le souvenir de ces personnes sans nom, les coups de téléphone comme des phares dans ces années, qui dessinent la logique de mes tours dans la ville. 

Les archéologues fouillant les palais de civilisations chavirées sur lesquelles passèrent la mort et l’indifférence trouvent des objets en miettes et les reconstituent. Moi, sur les carrefours, dans les rues, près d’une bouche de métro, le jour éteint, ou sous un soleil glorieux, à la lumière des boutiques aussi, je cherche les traces de celles que j’aimai. 

Il m’arrive de m’arrêter à l’angle d’une voie étroite (il y a une plaque qui parle d’Amérique, l’entrée d’un parking souterrain, des gens à la terrasse). De contempler, incrédule, le refend dans la façade d’un des immeubles. L’allée qui mène à l’escalier de secours en métal, à l’air libre. Là, un message m’avait surpris alors que mes pas se dirigeaient vers le haut du passage. Les saisons égrènent leurs beautés sur les devantures de cette rue, près du fleuve, toujours j’évoque la figure de cette femme que j’ai connue jeune, à la peau pâle, d’un pays où j’aimerais aller car elle y était née – « mais où étais-tu tout ce temps ? », me dit-elle après des mois d’absence. 

Je ne vais jamais dans Paris avec un plan. 

« Hypnos, l’autre nom de la nécessité d’écrire, une force mais aussi un devoir auquel tout nous incline à tourner le dos, m’a été sensible il y a plusieurs années à Oplontis. Je m’y étais juré, parmi les ruines, de ne pas rester sourd à son commandement.

Naturellement, Hypnos, c’est l’intimité d’une existence, dans mon cas d’abord marquée par le désespoir. »

Ainsi débute ce recueil de trente-quatre feuillets d’une prose poétique de l’errance amoureuse, entre Paris, l’Asie, la Méditerranée… Premier livre publié par Blaise Ducos, Hypnos parle se nourrit de lectures, du souvenir de ses parents, de voyages – l’Italie, les États-Unis, le Japon, les îles Baléares depuis l’enfance.

Blaise Ducos

Né en 1975, Blaise Ducos est conservateur et responsable des peintures flamandes et hollandaises au musée du Louvre. Hypnos parle est son premier livre.